L'ami du sable fut également mon ami pendant quelques années au lycée Rodin. Parmi tous les potes de classe, Santiago Amigorena est un de ceux qui m'a laissé le meilleur souvenir.

Le grand blond sans chaussure noire (il ne portait que des baskets blanches) était intelligent et brillant, mais surtout, il se distinguait des autres ados que je côtoyais en cours ou à la récré pendant de savoureuses parties de foot, par son extrême gentillesse.

Ses facultés à comprendre et apprécier son prochain lui ont peut-être été transmises par son père psychanalyste... ou alors est-ce le fond de son caractère... peu importe.

Santiago Amigorena

Cinéma : lorsque j'ai vu Cédric Klapisch un jour sur le plateau de Canal+ expliquer qu'il avait réalisé un film sur ses années au lycée en compagnie de Alexis Galmot et Santiago Amigorena, je suis resté stupéfait. Ce n'est pas d'apprendre que les trois amis étaient devenus des professionnels du cinéma qui m'a surpris, Santiago Amigorena a toujours été cinéphile passionné. C'est d'ailleurs lui qui m'a fait découvrir le cinéma de Woody Allen, John Cassavetes, Stanley Kubrick, Milos Forman...

Ce qui m'a sidéré c'est qu'il s'agisse d'un film sur notre vie de lycéens. Ce n'est quand-même pas tous les jours qu'un film sur le sujet sort sur grand écran et il a fallu qu'il soit imaginé par un de mes meilleurs copains de l'époque...

Bien entendu, à la première occasion, je me suis faufilé dans une petite salle obscure. Pendant un peu plus d'une heure et demie, j'ai revu exactement ce que j'avais vécu un peu plus de quinze ans auparavant et le résultat est une vraie réussite. Le film est juste, tendre, mordant et franchement drôle... assemblées générales et premières manifs, dépucelage difficile pour certains, drogue et rock n'roll pour les autres, le scénario décrit parfaitement et de façon originale, la vie d'une bande de gamins du treizième en cette fin des années soixante-dix.

Lycée Rodin : le péril jeune

La belle et Sébastien jouée par trente apprentis flûtistes, la projection du film sur la naissance à la bande son usée ou les profs enjambant les corps affalés dans les couloirs m'ont fait éclater de rire. Si un jour mes filles veulent savoir "comment c'était le lycée papa quand t'étais jeune", elles n'auront qu'à regarder le film, c'était exactement comme ça. La scène où l'on voit le couple Joachim Lombard / Hélène de Fougerolles sur le toit d'un immeuble est superbe. Même cette vision d'une jeunesse qui a déjà peur du regard des autres au moment où elle devrait se laisser aller, est traitée avec cet humour qui donne toujours envie de regarder la suite du spectacle.

Autant que je m'en souvienne, à son arrivée au lycée Rodin au milieu des années 70, Santiago Amigorena ne parlait pas (ou très mal) notre langue. Il débarquait d'Argentine, pour des raisons politiques me semble-t-il. Aujourd'hui le voici devenu écrivain dans la langue de Molière et scénariste reconnu. Quel parcours ! Bravo !

A une époque où je me cherchais peut-être un peu plus que mes compagnons de classe (!), j'ai entendu parler de Bob Dylan, Cat Stevens, Janis Joplin... Santiago Amigorena m'a incité à ressortir mes albums des Beatles pour faire mes premiers gammes à la guitare. Je suis resté scotché à ma vieille Guild rouge pendant 25 ans. Si je n'avais pas rencontré ce gars là, Dieu seul sait ce que j'aurais fichu pendant tout ce temps.

Ma maman m'a confié peu avant son décès, avoir été très heureuse d'avoir reçue dans sa modeste maison de vacances de Dinard "le plus sympathique et le mieux élevé d'entre tous... Santiago Amigorena".

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